Dans l'affaire Traoré donnons la parole à ceux qui ne l'ont pas eu beaucoup jusqu'à présent les familles des gendarmes mis en cause :
(il s'agit d'une lettre qui a vocation à être rendue publique mais si ça ne respecte pas les règles du forum merci de bien vouloir supprimer ce post les gars
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Le Parisien du 07 juin. Lettre à Assa Traoré
"Madame, je vis avec un(e) gendarme qui partage un douloureux passé avec votre famille ; à mon grand regret vous êtes indissolublement lié(e)s par la mort d’Adama, votre frère.
J’ai longtemps hésité avant d’écrire, je ne suis pas directement acteur(rice) de ce drame. Cela pourrait exposer ma famille et mettre en porte-à-faux la personne avec qui je partage ma vie : dans son institution, la discrétion est une ardente obligation, chaque manquement durement sanctionné. J’ai donc choisi l’anonymat, je n’en suis pas fièr(e), mais je ne crois pas avoir le choix.
Je ne prétends pas partager votre souffrance, je mesure ce que la perte d’un proche génère comme douleur, inégalable. Mais l’« affaire Traoré » me touche de près. Comme ces familles de gendarmes habitant à Persan qui ont dû déménager à l’été 2016, victimes de menaces n’épargnant ni conjoints ni enfants alors que les émeutes suivant la mort d’Adama battaient leur plein. Comme ces gendarmes qui sont restés, voyant leurs collègues qu’ils avaient si bien connus se faire traiter d’assassins, de racistes, dans des médias parfois pressés de faire coller une situation mal connue à un storytelling alors déjà empreint d’Atlantisme (« Black Lives Matter »), faisant fi d’une coûteuse recherche de la vérité. Comme tous leurs conjoints des mois durant, qui ont vu cette situation obsédante grignoter leurs repas, leurs nuits, leurs vies. Comme tous ceux qui ont pu connaître les militaires impliqués, les apprécier, les jauger et se forger l’intime conviction que jamais ils n’auraient pu faire ce dont certains les accusent : tuer un homme, simplement parce qu’il était noir.
Une chose nous rapproche : ni vous ni moi n’étions là au moment des faits. Deux certitudes nous éloignent : vous êtes sûre que les gendarmes ont tué votre frère, je donnerais ma main à couper que non. Dans ces circonstances, seule la justice peut nous apaiser, et nous l’appelons tous deux de nos vœux. Vous la croyez aux ordres, j’ai peur qu’elle cède à l’émotion. Si nous essayions au moins une fois de la laisser conclure ?
Nous avons tant en commun : je suis viscéralement antiraciste, écœuré par les abus d’autorité, par la violence gratuite. Les rares gendarmes violents jettent le discrédit sur une profession exercée
dans des conditions déjà difficiles, empoisonnent les relations avec la population et n’ont pas leur place dans l’institution. Une immense majorité de leurs collègues souffrent de l’amalgame avec une infime minorité qui leur fait honte.
Mais je suis intimement convaincu que la mort d’Adama n’a rien à voir avec cette dernière. La lecture racialisée des faits est une erreur grossière infirmée par la personnalité et parfois même la couleur de peau des gendarmes intervenus en ce triste 19 juillet 2016 !
Si les autorités ont commis une erreur, c’est d’avoir tardé à vous annoncer ce tragique événement. Croyant éviter des émeutes qui ont finalement éclaté très rapidement, elles ont manqué à tous leurs devoirs, particulièrement celui d’humanité. Je sais pourtant que si les gendarmes n’avaient pas insisté, l’annonce aurait été encore retardée par ces représentants de l’Etat apeurés et dépassés.
Cette faute initiale, l’Etat la paye encore, car elle a nourri vos certitudes de culpabilité et cette incroyable détermination à faire prévaloir vos vues. Je ne peux remettre en cause votre sincérité.
Les suites de cette affaire, la polarisation de notre société que beaucoup d’opportunistes entretiennent à dessein, notamment à des fins politiques ou de notoriété, consume à petit feu toutes les parties, sans les rapprocher de la vérité ou de la justice.
Aujourd’hui, je fuis avec autant de détermination ces deux camps : — celui qui utilise toute affaire sans examen des faits, pour dénoncer le fléau des violences policières, s’affranchissant de toute recherche de vérité. — l’autre qui prend prétexte de cette violence verbale et du désordre pour conforter sa lecture xénophobe des problèmes sociaux et économiques de notre pays.
Je ne souhaite rien de plus que la justice que vous réclamez inlassablement, c’est notre seul chemin commun possible pour faire société."